Forum régional en agroenvironnement


Mot d'introduction de la présidence d'honneur

 

 

 

 



Mme Pascale Tremblay

 

Vous avez pu le constater, ma feuille de route est assez particulière. Elle m’a souvent placée à la frontière entre deux mondes : celui de l’agriculture et le reste de la société.

Mon collègue Pierre de Chastenay qui est astronome et animateur de l’émission Le Code Chastenay considère ce que l’on fait comme de la médiation scientifique auprès de la population. le terme médiation est d’autant plus pertinent dans mon cas que l’agriculture est devenue, au fil des ans, un enjeu de société, qui soulève les débats, la confrontation, parfois même les passions, pensons aux OGM. Plus que jamais rapprocher urbains, ruraux et agriculture, occupe une place déterminante dans la longue liste des défis à relever.

Lors des audiences de la CAAAQ, on a souvent fait référence au mur devant lequel nous nous trouvons présentement. L’ouverture des marchés, les crises (économiques, des revenus, de l’endettement), le réchauffement climatique, le pic pétrolier, la croissance de la demande alimentaire, la dégradation des ressources, etc.  font maintenant partie de notre quotidien. Quand on regarde les choses sous cet angle les conditions ne sont pas propices à créer de nouveaux projets, à prospérer à développer une fierté, un sentiment d’appartenance et surtout, transmettre le goût de continuer à la génération suivante.

Nous devons admettre cependant que nous ne sommes pas les premiers à traverser des périodes d’adversité. Mon grand-père, qui était agronome, l’a fait quand il est parti, comme plusieurs, coloniser l’Abitibi. Mon père, qui croyait à l’indépendance et l’autonomie des agriculteurs s’est investi dans la mise en place du mouvement coopératif au Saguenay Lac St-Jean. Vos parents et vos grands-parents ont sûrement eux aussi réalisé des exploits au nom de leur survie et de celle de leurs descendants. Aujourd’hui la balle est dans notre camp.

Winston Churchill disait qu’un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, tandis qu’un optimiste voit l'opportunité dans chaque difficulté.

Certains signes me font dire que l’agriculture doit s’adapter à de nouveaux paradigmes et que certains modèles, certaines approches, qui nous sont familiers depuis quelques décennies ont fait leur temps.

Actuellement, la moitié des habitants de la planète habite en ville, ce sera 80% dans 20 ans. Les agriculteurs ne comptent plus que pour 7% de la population rurale du Québec et 1,3% de la population québécoise. Nous sommes donc condamnés à nous entendre ou disons, à communiquer de façon constructive et à travailler ensemble. Il faut aussi accepter que nous sommes à l’ère du consommacteur. C’est-à-dire que le consommateur-citoyen demande à ce que ses attentes soient impérativement prises en compte. Cette tendance ne disparaîtra pas.

Au cours des dernières décennies, l’agriculture s’est adaptée aux besoins de la société de façon remarquable. Des fermes de subsistance nous sommes passés à l’agriculture commerciale, moderne et industrielle, de surproduction et d’exportation. Et aujourd’hui, l’agriculture disparaîtrait complètement du Québec que nos épiceries seraient encore pleines. C’est à la fois préoccupant et fascinant.

Pourtant, l’agriculture du Québec doit demeurer ne serait-ce que pour des raisons de sécurité alimentaire mais aussi en raison de tout ce qu’elle est en mesure d’apporter au Québec notamment en matière de biens et de services environnementaux.  Pour exercer son plein potentiel d’agriculture aux fonctions multiples, elle a besoin du soutien de l’ensemble de la société et donc s’ouvrir, travailler en partenariat.

S’ouvrir à de nouvelles attentes comme l’environnement, la santé, la qualité, l’éthique, l’harmonie sociale. Ces attentes n’enlèvent en rien l’importance de la dimension économique, elles s’y ajoutent. Cette agriculture que certains qualifient de citoyenne est encore plus sophistiquée, plus exigeante mais, d’un autre coté, plus valorisante pour ceux qui y adhèrent. Être valorisé, reconnu pour le travail que l’on fait ça n’a pas de prix.

 

Le Québec est loin d’être un gros joueur sur la scène agricole mondiale. Ce qui ne veut pas dire que nous n’avons pas notre place. Il y a des occasions à saisir ici et ailleurs dans le monde. Mais notre agriculture, ce n’est pas celle de la chine, de l’inde, du Brésil, ni celle des États-Unis. Notre agriculture doit se distinguer des autres en misant sur nos valeurs et nos particularités. Le rapport de la Commission soulève deux axes de recherche et de développement en phase avec ces valeurs : l’environnement et la santé. Voilà deux éléments qui devraient inspirer et transparaître dans nos projets de développement. Quant à nos particularités, elles sont multiples (nordicité par exemple) mais s’il y en avait une chose sur laquelle nous devons miser plus que tout, c’est l’eau.

L’eau, c’est ce que nous avons de plus précieux. comme société et comme agriculture. l’eau c’est l’avantage concurrentiel que toutes les puissances agricoles du monde nous envient.

Les agriculteurs québécois doivent devenir les champions de la protection et de la valorisation de l’eau.

Quand je parlais d’ouverture, d’agriculture citoyenne, un exemple précis me vient à l’idée.

En périphérie de Munich, 110 agriculteurs ont converti volontairement 6000 hectares en culture et élevage écologiques selon des cahiers de charges axés sur la protection des nappes phréatiques qui alimentent l’agglomération de Munich. Les agriculteurs ont permis à la Ville de sauver des sommes colossales en structure d’épuration des eaux et en retour reçoivent un soutien financier sous forme de contrat à long terme (18 ans). Les études scientifiques et le suivi rigoureux démontrent hors de tout doute que l’eau autrefois contaminée par des phosphates des nitrates et des résidus de pesticides a retrouvé une qualité plus que désirable. Non seulement ça a été payant pour l’économie et pour l’environnement mais ça a aussi amélioré et de beaucoup la dynamique en milieu rural. L’aspect écologique de cette région attiré beaucoup de visiteurs et l’agro-tourisme santé s’est développé. c’est vert et ça marche.
Si nous sommes privilégiés par l’abondance de l’eau douce, il en va autrement pour les sols arables. La grandeur du territoire québécois masque le fait que nous disposons de très peu de bonnes terres à cultiver. À titre de comparaison, le territoire agricole français est 14 fois plus grand que celui du Québec avec 28 millions d'hectares (1,9 millions au Québec). Plus préoccupant encore, les sols agricoles du Québec sont dans un état inquiétant. Inquiétant de par le fait que peu d’études récentes nous permettent d’y voir clairement. En 1990, on parlait déjà de problèmes majeurs de dégradation des sols agricoles principalement liés à la monoculture d’annuelles comme le maïs, les céréales, et la pomme de terre.

C’était il y a presque 20 ans et depuis, l’intensification de ce type de culture n’a fait qu’augmenter.

À l’école, on nous apprenait qu’une cuillérée à thé de sol contenait autant de vie qu’un hectare de forêt amazonienne. Le sol est le premier être vivant de la chaîne alimentaire. C’est sur lui que repose tout ce que nous produisons, transformons et mangeons.

Parce qu’il est rare, le sol arable prend toute son importance et doit être traité  avec le plus grand des respects.

L’agriculture de demain sera-t-elle intensive  extensive, de proximité, artisanale ? Sera-t-elle composée de petites fermes, moyennes ou grandes fermes ? Elle sera tout cela à la fois. C’est pourquoi nous parlons de plus en plus d’une agriculture plurielle. différentes approches ont leur place à condition qu’elles respectent nos richesses collectives que sont l’eau et le sol.

Aucune de ces agricultures ne doit se faire au détriment de l’autre, mais doit au contraire créer une synergie et une dynamique nouvelle dans le milieu rural.

Finalement, au-delà de ce mur dont il était question tout à l’heure, il y a probablement quelque chose de mieux pour nous et pour la société en général. Je ne suis pas naïve, l’agriculture québécoise entreprend en ce moment une démarche êxtremement exigeante. Une démarche où nos savoirs, l’innovation et la communication seront parmi nos fers de lance.

Voilà pourquoi j’ai accepté votre invitation. Je vous laisse avec nos conférenciers spécialistes, je vous donne rendez-vous en fin de journée. Profitons au maximum de cet échange de connaissances.

 

Mot de conclusion de la présidence d'honneur

Madame Sonya Lévesque nous a très bien mis la table en apportant les éléments de base pour comprendre les tenants et les aboutissants en matière de qualité de l’eau.
La limnologie est une science complexe. Par ses propose, on saisit bien que les nombreux éléments sont étroitement liés et ont un rôle à jouer et dans la détérioration et dans la protection des lacs et des rivières. D’une même manière, la responsabilité et la solution nous appartiennent tous. Intéressant de se rappeler que les cyanobactéries, l’azote, le phosphore sont essentiels à la vie tout est dans la dose et dans la gestion de ces éléments.

Dans un contexte où l’on travaille avec la société et non pas malgré elle ou à son insu, il faut être transparent et lorsqu’il y a lieu, s’approprier le problème. En soi, c’est déjà passer à la phase solution. Isabelle beaudin de l’IRDA et Sylvie thibodeau de l’organisme Terre à Terre, nous ont mis sur la bonne piste d’abord en identifiant les sources de phosphore ainsi que son fonctionnement dans l’environnement et les outils sophistiqués et de plus en plus efficaces dont nous disposons pour intervenir avec l’aide des professionnels.  Les bassins versants de la rivière Laguerre et l’expérience terrain rapportée à travers les différentes capsules démontrent à quel point une stratégie d’intervention bien ciblée peut modifier l’environnement et même la dynamique de cohabitation. Qu’importe le type d’agriculture et le territoire les bonnes pratiques agronomiques demeurent toujours  incontournables.

 

Sans vouloir rien enlever à personne, quand un agriculteur pour nous dit que l’environnement c’est rentable et ça se fait dans le champ c,est convainquant. Les expériences de messieurs Gascon, Legault  et Charbonneau en sont un vibrant témoignage.

Même si la rentabilité demeure une préoccupation de premier plan, certains des témoignages apportent une nouvelle dimension: celle de la beauté et de l’esthétique du paysage ça aussi ça fait partie des valeurs non économiques qui finalement font la différence et dont on entendra de plus en plus parler dans une optique d’agriculture multifonctionnelle.

Évidemment des outils existent. Le programme prime-vert en est un exemple et a démontré sa pertinence comme on vient de l’entendre.

Cela ne nous empêche pas de souhaiter que les programmes et politiques évoluent de façon à s’adapter de mieux en mieux a toutes les productions et à tous les types de défis de l’agriculture. Souhaitons-nous des innovations à ce chapitre à là hauteur de nos défis.

Aujourd’hui, il aura donc été question d’identification des problèmes, mise en place de solutions adaptées, d’actions sur le terrain, nous avons réalisé l’ensemble des acteurs concernés sont au rendez-vous et prêts à intervenir.

Je pense vraiment que nous sommes au début de quelque chose. À nous tous agriculteurs, agronomes et scientifiques, citoyens, de militer en faveur du meilleur, une agriculture d’excellence, environnementale et robuste tant à proxomité de nous et ailleurs dans le monde.

Merci d’avoir été des nôtres et continuons à parler, à faire rayonner ces approches et surtout, à passer à l’action. Merci.